PENSÉES, CONSCIENCE, SOI ET VÉRITÉ



PENSÉES

L'homme se distingue du monde animal par la prédominance de son mental sur tous les aspects de sa vie. Il peut parler, formuler des idées, élaborer des concepts de plus en plus abstraits sur la science, sur la spiritualité, en passant par l'éthique et la moralité. Nous allons voir dans cet entretien que nos pensées, avec tout ce qui en découle, ne sont que très rarement en syntonie avec notre nature profonde.

Avons-nous songé une seule fois sur quoi reposent nos pensées et nos croyances? D'où viennent-elles et pour quelle raison les adoptons-nous? Généralement, nos croyances s'appuient sur des paradigmes élaborés par d'autres personnes remontant, bien souvent, à une autre époque. Nos adhésions sont donc culturelles, émotives et intellectuelles. Elles ne reflètent que très rarement de notre vécu. Bien souvent, la crainte d'être considéré comme marginal, la peur de la critique et du rejet des autres font que nous n'osons rarement remettre en question la teneur de nos pensées reçues et de nos actions.


PENSÉES ET ILLUSIONS

Les pensées sont-elles des illusions? Pour répondre à cette question, il suffit de méditer un certain temps pour constater avec étonnement le nombre de pensées qui surgissent machinalement dans notre mental. Depuis le Soi, elles ne sont que des projections, des scènes, des illusions qui naissent de la friction entre notre partie réelle (le Soi) et celle qui ne l'est pas (l'égo). La critique et le jugement illustrent bien cette dispute.

Ainsi donc, les pensées nous affectent dès l’instant où l’on croit en elles, raison pour laquelle elles nous semblent si réelles. Qu'elles viennent de nous-mêmes ou des autres, les pensées nous dictent la très grande part des expériences de notre vie. Décidément, de nuit comme de jour, nous sommes constamment portés par le chant des sirènes, d'un rêve à l'autre, d'une expérience à l'autre, d'une vie à l'autre, sans que l'on sache trop pourquoi nous en sommes là.

Il appert que l'inconsistance de l'activité mentale et l'éphémérité des expériences amoureuses sont les grands responsables du grand vide intérieur qui habite le Cœur de la très grande majorité des êtres humains. Pour que nos existences en ce monde aient une signification réelle, il n'y aurait-il pas une part de nous-mêmes, située bien au-delà de nos trames de vie, pouvant faire office de Vérité et de gouverne intérieure?


CONSCIENCE, SOI

Le brouhaha, le marmonnage du mental fait en sorte que nous ignorons totalement que nous avons un sanctuaire intérieur, voire une instance en nous qui observe le défilement des pensées tout en demeurant témoin de nos actions. Posons-nous les questions suivantes: quelle part de nous-mêmes médite? Il y a-t-il un observateur et une volonté qui arbitre l'activité du mental? Qui est cet observateur méconnu? Au cours de notre vie, qui est aux commandes: le Soi, les pensées, les émotions, le corps, les pulsions, et quoi d'autre encore?

Cet exercice fait consciencieusement va finir par créer une réelle distanciation de la conscience avec tout ce bruit de fond, puis éveiller le Soi de sa somnolence, mieux connu sous l'appellation «je suis».

Le Soi est la seule part de nous-mêmes qui est immobile, invariable, voire même inqualifiable au cours de toute une vie. Il est semblable au moyeu au centre d'une roue, plus précisément la partie fixe qui ne tourne pas. Ce qui tourne est vibrations, mouvements, périodicités, transformations, éphémérité, projections, pour ne pas dire illusions. Les pensées et leurs matérialisations s'apparentent à cette roue qui tourne éperdument, raison pour laquelle la conscience étourdie devient partie prenante tout en oubliant totalement qui elle Est.

Pour le reste, le Soi ne dénigre pas les pensées et les objets, mais sait qu'il est distinct de tout ce qui l'entoure. Dans la vie courante, le Soi fait nécessairement usage des pensées pour interagir avec le monde et la matière, mais jamais pour revenir à ce qu'il Est.


VÉRITÉ

À savoir maintenant si le Soi est Vérité relève de la plus haute importance de cet entretien. Lorsque les pensées entrent en résonnance avec le Soi, elles sont rehaussées qualitativement de sens, de valeurs et de significations, mais ne peuvent aller au-delà en raison de leur nature première: des projections, des virtualités.

D'autres parts, lorsque le Soi fusionne avec sa Partie Divine, cette dernière lui confère son Absoluité. C'est à ce moment seulement que le Soi devient Vérité, Lumière et Amour. L'Absolu, à l'instar de l'Amour, se vit bien au-delà du mental, en marge de tout notre système vibratoire. Jamais, au grand jamais, il ne faut voir la Vérité comme l'apanage de la docte ignorance des religieux.


CONCLUSION

Comme on peut le voir dans ce court entretien, les pensées en tant que projections peuvent couvrir bien des domaines de l'expérience humaine sans pour autant les avoir vécues. Grand parleur, petit faiseur, dit le proverbe. Toutefois, la pensée peut témoigner des expériences vécues ce qui leur donne toute leur crédibilité.

Sur le plan spirituel, le terrain est beaucoup plus glissant. Le vécu personnel est éclipsé par les saintes révélations des Grands Maitres spirituels érigés au centre des religions. C'est pourquoi tout l'accent est mis sur la croyance, quand ce n'est pas la peur. Les croyants demeurent donc enfermés dans un énorme bagage de pensées et de sentiments ne reposant à aucun vécu réel.

Sur le plan mystique, la pensée est mise à l'écart dû fait qu'elle se dresse comme un bouclier devant l'Être intérieur. Donc, la conscience doit s'affranchir des pensées de manière à accéder au Soi, siège de la conscience libérée. Bien sûr que le Soi pourra utiliser la pensée pour témoigner le vécu du «je suis».

Pour ce qui est des niveaux transcendants de la supraconscience et l'Absolu, rien ne peut être dit, car aucune parole, aucun sentiment ne peuvent traduire le vécu d'une réalité n'appartenant pas à ce monde.

Yvon Gagné


Plus tu fais usage de la pensée, plus tu adhères à l'illusion de ce monde
et plus grande est son emprise sur ta vie. Plus tu pénètres
dans le silence intérieur, plus la Lumière agit.

Spirituel ou pas, tu t'abandonnes toujours à quelque
chose. Libre à toi de choisir le degré de
Lumière auquel tu t'abandonnes.