LA CROYANCE



INTRODUCTION

La croyance est une adhésion à un crédo, à une idée ou à une idéologie que l'on considère d'emblée comme vraie, sans l'apport de preuves ou de vécu personnel venant soutenir son aspect véridique. Or, sur le plan intellectuel, qui peut apporter une seule preuve de l'existence de Dieu? Dans le même sillage, qui peut répondre à la question «qui suis-je»? Ainsi, tout ce qui n'est pas vécu porte donc en son sein un vice caché, soit celui du doute.

Pour pallier au manque de vécu, les prêcheurs doivent être très persuasifs. Pour ce faire, ils sortent l'artillerie lourde en faisant appel à l'autorité, aux émotions, aux dogmes, à la morale, à la peur, en scellant le tout sous le dicta de Dieu. Cela est particulièrement exploité dans les religions, quoique le domaine scientifique a aussi ses dogmes. Et pourtant, il suffit de se référer à l'histoire pour constater que toutes les vérités qui ont été établies comme vraies, immuables, ont un jour été balayées ou le seront un jour.


L'AMBIGUÏTÉ DE LA CROYANCE

Nous ne nous rendons pas compte jusqu'à quel point la croyance est pleine d'ambiguïtés. Si vous dites «je suis avec toi», vous vivez réellement une expérience de compagnie dans le moment présent. Le doute ne vous effleure même pas l'esprit. Par contre, si vous dites «je crois que je suis avec toi», ça dénote que vous n'être pas très convaincu de vous-mêmes. Il y a un manque flagrant d'assurance et de certitude en vous. Cela démontre bien que la croyance relève de la pensée et non du vécu.

Même chose pour «je t'aime» ou «je crois que je t'aime». L'un exprime un sentiment en provenance des émotions, l'autre en provenance de la tête. De toute évidence, le dernier n'est pas sûr de ses sentiments et la situation est compromettante. Une porte est entrouverte offrant une tout autre expression du même genre «je croyais que je t'aimais».


ADHÉSION À UN RÊVE COMMUN

Dans la même veine, dire «je crois en Dieu» est une affirmation basée sur une éducation, sur une culture, sur des écrits et sur des témoignages récurrents. C'est une adhésion intellectuelle dont seuls le mental et l'émotion sont témoins. Un enfant élevé seul dans la nature ne dirait jamais une telle chose. Or, sans expérience personnelle, sans un réel vécu, nous pouvons croire en n'importe qui et en n'importe quoi, raison pour laquelle il y a tant de religions, tant de dogmes, tant de sectes, tant de moralité qui se contredisent.

C'est la pression de l'environnement, de la culture, de la société, de la famille et des obligations qui confère à la croyance un sentiment d'appartenance et non un vécu. Or une croyance, fut-elle réitérée des milliards de fois par des millions de personnes, n'en fait pas pour autant une Vérité. Comment une vérité peut-elle être admissible lorsqu'elle est imposée sous peine de châtiments?

En contraste, les tribus primitives n'ont pas subi la falsification archontique en provenance de Sumer. Elles n'ont donc pas été soumises à la moralité culpabilisante et autoritaire des dieux belliqueux, raison pour laquelle elles ont conservé leur culture matriarcale garante du respect de la gent féminine. Ces peuplades entretiennent une dévotion naturelle et évocatrice en regard du Grand Esprit, leur donnant à vivre une spiritualité reposant sur la Vie, tant végétale, animale qu'humaine, incluant également les éléments de la nature. Nous sommes donc en présence d'une spiritualité holistique, naturelle et évocatrice, en contraste avec les élucubrations de nos religions institutionnelles.

Qui donc a vu Dieu, le Christ, Bouddha, Yahvé, Allah? Qui fut illuminé par leur rencontre? Nous pouvons certes nous inspirer de la vie de certains d'entre eux, de leur enseignement, de leur histoire, mais nous ne pouvons marcher sur leurs pas pour la bonne raison que nous avons tous un chemin qui nous est propre, comme ces prophètes ont eu le leur, d'ailleurs.

À quoi bon se flageller ou se faire crucifier pour revivre la mort de Jésus. Réalisons-nous que nous n'avons qu'à penser à quelque chose, puis à la manifester dans nos vies? Croire qu'il y a un chemin à parcourir va créer le chemin. Croire qu'il y a une montagne à gravir va créer la montagne. Croire que la souffrance mène au pardon va créer la souffrance. Bien souvent, le croyant s'élève dans une échelle dont les barreaux apparaissent à mesure qu'il monte.

Il peut donc avoir autant de croyances, de rituels, de religions et de pratiques dites spirituelles qu'il est possible d'en imaginer. Il s'agit d'observer ce qui se passe dans les différentes religions du monde pour s'en convaincre. Tant que nous ne réalisons pas que tous ces simulacres ne sont que des projections de la conscience, que des jeux de l'esprit, que des propensions à adhérer à un rêve commun dans un monde d'errance spirituelle, nous ne pourrons percer le mystère de l'Esprit qui nous habite.


CONTRADICTIONS DE LA CROYANCE

L'une des raisons pour lesquelles il y a tant de corruption dans nos sociétés est que nos dites valeurs sont purement intellectuelles et ne reposent sur rien d'autres que sur l'appartenance à une culture, à une famille ou à un mouvement. On s'accommode alors de principes, de façons de faire et de protocoles qui donnent bonne conscience, qui rehaussent notre image, mais qui ne font pas le poids devant les enjeux importants, tels que l'argent, le sexe et le pouvoir.

«L'occasion fait le larron», dit le proverbe, signifiant que l'occasion pousse à faire de mauvaises choses que l'on ne ferait pas en temps normal.

Les croyances s'adaptent très bien à une conscience dissociée ou l'on peut commettre des crimes un jour tout en continuant à vivre normalement les autres jours sans être dérangé. La prédation, le vol, la violence, le meurtre, la pédophilie ne sont que des exemples parmi tant d'autres.

N'oublions pas que les crimes commis chaque jour sur notre planète sont faits par des personnes se croyant totalement justifiées de le faire, et ce, sans ébranler d'un iota leurs croyances les plus fondamentales. Si nous savions réellement que le Divin habite chaque être humain, serions-nous capables de rejeter, de détester, voire même de tuer quelqu'un qui ne partage pas nos croyances? La croyance divise à l'infini.


CONCLUSION

Tant que nos vérités seront dissociées de ce que nous Sommes au plus haut niveau de notre conscience, nous agirons comme des intelligences artificielles programmables à souhait. Nos croyances ne seront que des certitudes illusoires. Ceux et celles ayant vécu le Soi seront mieux préparés à expérimenter quelque chose de plus intériorisé, comme passer du psychique au Vibratoire, passer de l'ego au Cœur, passer de la croyance au Vécu.

Tout bien considéré, la méditation est une pratique mystique qui ne demande aucun maitre, aucune allégeance, aucune autorité, aucune adhésion, aucune croyance, aucune foi autre que celle que l'on a envers nous-mêmes. Elle s'accompagne d'un feu sacré, d'une aspiration de retourner à la Source de soi-même, un état transcendant à la fois de monde des croyances et des illusions.

Yvon Gagné


Les êtres humains sont tous semblables et destinés à vivre ensemble.
Ce sont leurs pensées, leurs croyances qui les divisent au point
tel qu'ils peuvent à peine coexister dans un même pays,
sur un même continent, voire sur la même planète.

Il y a dans la croyance un penchant perfide à ce que l'autre croit la même chose
que vous. C'est la racine du mal qui afflige toutes les religions.

Ce n'est pas la pensée et encore moins les croyances qui te libèrent.
L'absence de toute activité mentale relâche la conscience.
C'est ainsi que le silence qui te renvoie à toi-même.